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31 | 05 | 2012
"J'ai fait tangon humain à la bouée" (La Voix du Nord)
31 May 2009
Une balade en bateau, sous le soleil, quand on est passionné de voile, ça ne se refuse pas. Alors, vous pensez, participer aux régates du Grand Prix international de la Côte d'Opale avec l'équipage de Philippe Bourgeois, un des ténors de la classe IRC 1 des deux côtés du « Channel » - je me demande même s'il n'est pas plus connu au pied des falaises de Douvres qu'au large de Dunkerque - ça se refuse encore moins !

Une mer classée « belle à peu agitée », un vent oscillant entre 17 et 22 noeuds, un équipage prêt à en découdre avec les meilleurs régionaux, les Belges et les Anglais... Tout était réuni hier pour faire de cette première journée de course un vrai succès sur l'eau. Pari gagné.

Mais le haut niveau, ça se mérite. Pas question, déjà, de monter à bord avec la moindre « surcharge pondérale ». Chacun pèse de l'oeil votre sac marin, assurément toujours trop lourd même délesté des trois quarts de son contenu avant le départ ! En régate, on appelle ça la chasse au poids, car à chaque kilo superflu, ce sont des « pouillièmes » de seconde qui s'envolent !

Pas question non plus de jouer les touristes. Me voilà bombardé arbitrairement « numéro deux », attaché au pied de mât. Mais hélas pas comme Ulysse, qui lui le fit volontairement pour échapper au chant des sirènes. J'espère juste que le titulaire habituel du poste n'aura pas vent de mes « exploits », mais qu'il se rassure : la route est encore longue avant que je puisse prétendre lui faire la moindre petite ombre !

Il me faut donc ici rendre hommage à Anne-Lise, Mika, Dominique, Benoît, Pierrick et Hubert, surtout Hubert, mon mentor, expert numéro un, qui a eu la rude tâche d'assumer son poste, et une bonne partie du mien à l'avant !

Déjà, avec ça, pas sûr que je sois réinvité avant longtemps. Mais en plus, j'ai dû être une sorte de « chat noir » à bord - animal pourtant fort honorable mais dont je n'ai ni la grâce féline sur un pont de voilier ni, surtout, l'équilibre naturel ! - compte tenu du nombre de petits pépins qui ont parfois plombé l'ambiance ! Une manille qui lâche, un spi qui chalute, une drisse qui s'envole, un tangon qui se décroche - j'ai même appris à faire « tangon humain » à la bouée, c'est dire si j'ai quand même progressé ! -, une écoute qui se rebelle... C'en était presque drôle, à force, mais ces gens pourtant si amènes, agréables et sympathiques au ponton n'ont apparemment, en régate, aucun sens de l'humour.

Lequel revient curieusement aussitôt la ligne franchie. Les cris cessent, les éclats de voix aussi - ils ont pourtant tous juré la main sur le coeur qu'ils ne s'étaient pas « engueulés » de la journée ! -, les sourires reviennent... et tout le monde se félicite pour cette bien belle régate qu'on vient de réussir. Même le « patron » l'affirme : « Avec le temps, je deviens de plus en plus zen. » Je n'ose imaginer ce que ça pouvait être avant !

Sont quand même pas des gens comme les autres, les marins. Mais c'est peut-être aussi pour ça qu'on les aime tant, non ? •

CHRISTIAN TAVERNE-GRASSET


 
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